Dieu, la science, les preuves - Objections

Les questions auxquelles la science est incapable de répondre sont autant de preuves de l’existence de Dieu. En d’autres mots, tout ce que l’on ne sait pas expliquer relève du surnaturel et du miracle. Telle est la thèse soutenue par M.-Y. Bolloré et O. Bonnassies dans leur livre «Dieu, la science, les preuves» (éd. Trédaniel), un pavé publié à plus de 150’000 exemplaires. Leurs arguments sont-ils recevables?

1. Le Dieu créateur

Parmi les exemples développés, on trouve l’apparition de la vie et le réglage fin de la valeur de la constante de gravitation.

La curiosité humaine a toujours regorgé de questions sans réponse. Il y a 2500 ans, il était inconcevable que la foudre soit un phénomène naturel. Parce qu’on ne disposait d’aucune explication rationnelle, on y voyait du surnaturel. Était-ce là une preuve de l’existence de Zeus, le dieu grec qui lance les éclairs ?

Avant Pasteur, le renouvellement incessant des animalcules était expliqué par la génération spontanée. Par exemple, les asticots apparaissant « spontanément » dans la viande, on y voyait « par évidence » une foultitude de créations divines. Ce sont aujourd'hui des phénomènes naturels. Les épidémies - peste, choléra, lèpre, syphilis, etc. - ont changé de nature : autrefois fléaux divins imparables, c'est-à-dire châtiments, elles sont devenues des infections microbiennes à combattre, souvent avec succès. Rétrospectivement, n'est-il pas curieux que l'on puisse se protéger du courroux divin par de simples mesures d'hygiène, ce qui place Dieu et les bactéries pathogènes dans la même catégorie de dangers ?

On peut aussi mentionner la théorie de l’évolution où des phénomènes naturels viennent remplacer les actes du Créateur.

À chaque fois, la science a battu en brèche le surnaturel et recouru au postulat du phénomène naturel. On peut qualifier cette posture de matérialiste puisqu’elle met à l’écart les croyances religieuses, mais elle est nécessaire, car c’est la seule qui soit fertile, constructive et productive.

Encore quelques épisodes comme ceux-là et Dieu va se retrouver au chômage partiel ! Plus sérieusement, les croyants doivent aller chercher toujours plus loin des exemples inexpliqués de plus en plus tarabiscotés, comme « le réglage fin de la constante de gravitation ».

Sous diverses formulations, l’argument central des auteurs se résume à « Tant de beautés et de complexités ne peuvent être que le produit d'une intelligence surnaturelle » ou, en dégageant le ressort de l’argument, « Si on ne sait pas l’expliquer scientifiquement, c'est une preuve de surnaturel, donc Dieu existe ». C'est sans doute pourquoi les ignorants ont la foi la plus inébranlable. La réponse relève de l’évidence : « Un phénomène inexpliqué n’est pas nécessairement surnaturel ».

La démarche des auteurs fonde l’existence des dieux sur le vide qui subsiste entre science et omniscience. Les explications qui font appel à Dieu sont des expédients pour pallier notre ignorance. Moralité : puisque l’homme n’est pas omniscient, il lui faut accepter de n’avoir pas réponse à tout. Mais trop nombreux sont ceux préfèrent combler les questions irrésolues par des croyances qui font office de panacées. Puisque la religion donne les réponses, inutile de chercher, il suffit de prier. Certains hommes de science surmontent cet écueil en plaçant sciences et religion dans des tiroirs bien distincts, mais cela peut induire un malaise qui les expose au trouble dissociatif de l’identité.

Si on veut encourager la compréhension de la nature par le développement des sciences - alors que Dieu est la mesure de la méconnaissance des lois de la nature - il est souhaitable d'éviter le recours à Dieu comme explication.

Malgré tout, au fil du texte, on apprend des choses intéressantes sur de vraies interrogations scientifiques.

2. Le Dieu des catholiques

Entendre des voix, obéir à des ordres venant de l’au-delà ou voir des personnages célestes sont des symptômes bien connus qui relèvent généralement de la schizophrénie. Par contre, les phénomènes hallucinatoires collectifs sont plus difficiles à étudier. Une aubaine.

Les auteurs extrapolent leur démarche jusqu’au catholicisme, ce qui les conduit à faire l’éloge du « miracle » de l’hystérie de masse survenue à Fatima. Ils franchissent ainsi subrepticement le fossé abrupt qui sépare le dieu créateur du Dieu des religions : celui qui scrute nos actions, les comptabilise, nous juge, nous récompense par le paradis ou nous punit par l’enfer. J’y vois quelques problèmes, comme la grande diversité des religions ainsi que le chantage moral qui les accompagne. Les interrogations plus fondamentales, comme « Suis-je immortel ? » sont soigneusement évitées.

Mais la raison est exigeante : la difficulté d’expliquer scientifiquement certains événements est intrinsèquement incapable de constituer une preuve de croyances religieuses, a fortiori d’énoncés théologiques invérifiables.

Comme des insectes cherchant frénétiquement à traverser une vitre, les auteurs s’épuisent à argumenter sur 600 pages dans une parfaite inconscience de l’impossibilité dans laquelle ils se trouvent d’atteindre leur objectif.

Il apparaît clairement que l’argumentaire des auteurs est construit à mille lieues de l’esprit critique. Mais qu’importe : caresser les croyants dans le sens du surnaturel remplit les tiroirs-caisses.

Marcel Délèze

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