Les contours de l’athéismeExtrait du livre : Marcel Délèze
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Comprendre ce que signifie vraiment être athée Entre agnosticisme, déisme et rejet des croyances religieuses, l’athéisme se décline en plusieurs degrés. Une réflexion sur ses définitions, ses malentendus et son ancrage dans la pensée critique, de William d’Ockham à Blaise Pascal, en passant par Emmanuel Kant. Les degrés d’athéismeCertaines personnes se présentent comme « à peu près athées » parce qu'elles doutent de l'existence de Dieu. Mais non, cette position est celle de l'agnosticisme, pas de l'athéisme. D'autres personnes se disent agnostiques, tout en faisant partie d'une Église et en participant à des cultes au-delà du simple respect des conventions sociales. Il s'agit là d'un état intermédiaire entre la croyance et l'agnosticisme véritable. Beaucoup de personnes sont incapables définir leurs croyances d'une manière cohérente. La majorité se distribue sur un large éventail de positions intermédiaires mal définies. En naviguant de doutes en hésitations, l'on passe aisément d'un contresens à une contradiction. C'est l’état ordinaire de ceux qui ont été enfumés par l’endoctrinement religieux. Étant donné qu’il existe plusieurs variantes d’athéisme, il est nécessaire de préciser les sens du terme qui s’échelonnent sur trois degrés :
L'athéisme n’est pas semblable à une croyance religieuseIl ne faut pas confondre « Croire que Dieu n'existe pas » et « Ne pas croire qu'un dieu existe ». L'athéisme consiste simplement à considérer comme infondée toute croyance à une ou plusieurs divinités. Dans l’athéisme élargi, le Dieu qui est refusé ne se réduit pas à une force créatrice, car il soupèserait nos actes, les enregistrerait dans son infinie mémoire, nous jugerait, se laisserait influencer par des cérémonies ou des prières et nous sanctionnerait selon la juridiction de nos religions respectives. Dans une autre culture, mais dans le même registre, après une réincarnation, la forme du nouveau corps (végétal, animal ou humain) dépendrait de notre mérite. Puisque notre comportement n'a aucune conséquence dans l'au-delà, nous pouvons complètement ignorer Dieu. Au-delà des sciences naturelles, on peut imaginer tout ce que l'on veut. L'athée ne nie pas nécessairement l'existence de Dieu mais, dans toutes les variantes, il range définitivement toute divinité dans les oubliettes. En résumé, l'athée est « celui qui vit sans dieu ». Il ne s'agit pas d'établir que Dieu n'existe pas, mais seulement que la probabilité de l'existence d'un Dieu personnel est trop faible pour qu'il y ait un intérêt à s'investir en religion, et plus faible encore pour un Dieu qui nous aurait dicté des prescriptions. Les éventualités qu'on ne peut exclure par une preuve sont si nombreuses et variées qu'on ne peut raisonnablement pas miser sur l'une d'elles. Le rasoir d’Ockham les écarte toutes. L'athéisme est aussi la conviction que personne - aucune force supérieure consciente et pleine de compassion - ne s'occupe de nous. Au pari de Pascal, le jeu ne vaut pas la chandelle. L'athée renonce à miser et s'éloigne de la table de jeu des croyances. Il juge plus utile et plus constructif d'investir son temps et son énergie dans le domaine laïque. La sagesse consiste à se détacher des utopies, c'est-à-dire à pratiquer l'indifférence religieuse. Il est incongru d'assimiler l'athéisme à une religion. Entre l'incroyance et un système de croyances, la dissymétrie est totale. L'athéisme est une conviction extrêmement compacte puisqu'elle se réduit à dire non à la religion. Cela n'a pas grand chose à voir avec une religion dont la description nécessite au moins un livre et, plus habituellement, toute une bibliothèque. La croyance nécessite un credo, et l'athéisme n'en a pas. Là où le croyant affirme que son Dieu est le vrai et que les autres sont des usurpateurs, l'athée ne voit partout que des illusions. L'athée n'appartient pas à une Église, c'est-à-dire à une communauté spirituelle guidée par des pasteurs ou des chefs. Il se conçoit comme un être indépendant et autonome. Craignant que le mot «foi» soit interprété comme «foi religieuse» et «croyance» comme «croyance en Dieu», je préfère utiliser l’expression moins connotée « conviction athée ». Alors que le croyant a pour but de croire le plus fermement possible, l'athée veut des preuves pour se mettre à croire. L'athée n'a pas la prétention de détenir la vérité absolue directement dictée par Dieu lui-même. Il se satisfait des modestes lumières de la raison humaine. L'athéisme est, avec l'indifférence religieuse, un moyen de nous soustraire à l'impérialisme des religions qui prétendent dicter, non seulement notre comportement, mais aussi nos pensées. Alors que le fidèle se soumet aux commandements de sa religion pour éviter l'Enfer et atteindre le Paradis, l'athée demeure insensible au chantage religieux. Dire que l'athéisme est une sorte de religion est aussi absurde que d'affirmer « L'abstinence est une sorte de drogue ». L'attitude de crédulité consiste à voir le monde comme régi par des forces occultes ou magiques, par opposition à la posture rationnelle selon laquelle l'univers obéit à des lois naturelles. En matière de croyances, l'humanité est malade de la maxime « Mieux vaut une religion que rien » à laquelle l'athée répond « Mieux vaut rien que n'importe quoi ». Pour certains croyants, il est inconcevable de ne croire à rien. Afin de réduire leur dépendance à la foi religieuse, une religion de substitution leur est proposée à la fin de la troisième partie : Les Adeptes de Terminus. La raison de l’athée, c’est l’esprit critiqueMéfiez-vous des prêts à penser qu'on vous prie d'adopter. Ne capitulez pas devant des arguments d'autorité. Ne vous laissez pas dicter votre conduite. Prenez des avis à des sources variées. Soumettez les idéologies à la critique de la raison. Conservez votre autonomie intellectuelle.
«La sortie de l'homme hors de l'état de tutelle dont il est lui-même responsable.
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