L’Opinion « Quelle identité suisse », parue dans La Liberté du 29 septembre sous la plume d’Anne Philipona, invite chacun à la réflexion. La Suisse est traversée par de nombreux clivages : quatre langues nationales, plusieurs religions, des tensions entre villes et campagnes, etc. Pourtant, elle ne se laisse pas diviser en deux camps homogènes. Chacun se sent minoritaire et doit donc apprendre à respecter l’altérité.
Afin de prévenir les conflits internes et de préserver la cohésion nationale, la diversité se gère par le partage du pouvoir. Notre gouvernement collégial associe les principaux partis politiques, tandis que l’organisation fédéraliste protège les spécificités cantonales. La liberté d'être nous-mêmes repose sur la reconnaissance du droit des autres. C’est le principe fondamental de notre cohésion. La Suisse est un pays où chaque petite communauté peut vivre librement, en véritable Sonderfall.
Cette conception de la coexistence nous distingue profondément des nationalismes unificateurs et conquérants qui s'affirment dans diverses régions du monde. Le Suisse cultive volontiers l'entre-soi, mais cette attitude évolue. Les moyens d'information et la mobilité des populations contribuent à atténuer les différences locales. Il importe cependant de rester fidèles à notre principe fondateur : les particularités des autres, dans leur diversité, nous rendent libres d’exercer les nôtres.
Restons ouverts et tolérants. Nous nous prémunissons ainsi d’une tendance qui s’observe ailleurs : un pouvoir dominant qui impose une pensée unique.
MARCEL DÉLÈZE,
MARSENS